La ligue hanséatique
L’Allemagne n’existait pas encore en tant qu’entité politique lorsque 200 villes septentrionales s’unirent pour constituer la ligue hanséatique. Cette confédération devait exercer un pouvoir économique et politique plus important qu’aucun Etat allemand avant 1871.
Conçue d’abord comme une alliance informelle destinée à protéger les marchands allemands, la Hanse devint bientôt une puissante organisation politique, économique et militaire. Composée à certains moments, de plus de 200 villes membres, elle contrôlait le commerce de la Baltique et de la mer du Nord sous la direction de la ville de Lübeck.
Les villes membres s’engageaient à respecter les décisions du Hansetag, assemblée régulière des responsables de toutes les villes. Le moyen de coercition le plus efficace était le Verhansung, le boycott d’une ville par la ligue. Aucun commerce ne se faisait alors avec la ville condamnée. Elle perdait également le droit d’utiliser les entrepôts et les magasins de la ligue dans les villes importantes telles que Londres, Bergen ou Novgorod. Ces mesures permettaient à la ligue de contrôler le développement à la fois économique et politique d’une ville. Lorsque, par exemple, les ouvriers de la ville de Braunschweig réussirent à entrer au conseil municipal, la ligue, en utilisant le boycott, força la ville à revenir aux anciennes institutions. Les inconvénients de ce genre de contraintes étaient contrebalancés par les avantages apportés par la participation à la ligue : suppression des droits de douane, uniformisation de la monnaie, des poids et mesures, achats et ventes collectifs et protection contre la concurrence sauvage.
La ligue devint si puissante qu’en 1370, elle put se permettre une guerre contre le roi du Danemark afin de gagner le libre accès à la Baltique. Les pays riverains de la Baltique et de la mer du Nord formèrent un seul marché. Les biens manufacturés s’échangeaient contre les matières premières d’orient, préfigurant les traités de libre-échange de notre époque.
Des navires de haut bord bien armés transportaient des fourrures, des tissus, du sel et du blé vers les ports les plus importants d’Europe du nord et du centre. Les nefs, appelés Koggen, rapides mais lourdement chargés, attiraient des pirates, souvent à la solde de potentats. Entre 1370 et 1402, bien des bateaux, même fortement protégés, devinrent la proie de pirates, dont le plus célèbre était Klaus Störtebecker. Ils avaient pout devise « Amis de Dieu, ennemis de tout le monde », et ils attaquaient avec audace, se battaient sans merci. Les pirates ne faisaient pas de prisonniers : les marins capturés étaient jetés à la mer. Les pirates arrêtés, eux, étaient exécutés dans le port d’attache de leurs bateaux. Leurs têtes coupées, plantées au bout de piques, étaient exposées le long des quais pour décourager toute autre attaque contre les bateaux de la Hanse.
Le dévelopement d’états indépendants (Suède, Russie) au XVIème siècle fit perdre toute influence à la ligue. La dernière base étrangère, Londres, fut abandonnée en 1598 et la guerre de 30 ans amena la fin de la Hanse.
Rédigé par la savante Beatrix Vincent